The Cloud of Unknowing

Présenté le 5 mai 2018 au Cinéma J-A De Sève, Montréal

Des nageurs au fond d'une piscine tentent de se lier à l'eau qu'ils habitent comme un corps à part entière, qui les porte et les pousse, et s'agite à l'intérieur du bassin comme une masse souple et gigotante. L'image d'une horloge aux couleurs de différents oiseaux, je laisse le temps s'écouler avec le public : nous attendons ensemble le chant d'une grive solitaire, qui marquera l'heure, le passage du possible au réel, « un imperceptible rien qui change tout » (Bergson). Une musique vaporeuse, je danse avec le strelitzia, l'oiseau du paradis. J'en parallélise les tiges, me glisse sous son feuillage, en imite l'immobilité, les rebondissements. Avec une lenteur végétale, j'essaie de devenir plante.

The Cloud of Unknowing est un spectacle cinématographique et musical combinant danse et poésie sur les rencontres possibles avec le non-humain, l'imperceptible et l'insondable. La vidéo, le geste et la voix se mélangent et s'entrechoquent dans un élan poétique sur la nature impénétrable des choses. Une aventure multidimensionnelle dans la vie secrète de l'eau, des plantes, des animaux et des orages, c'est un voyage, propulsé par l'imaginaire, à travers la matière qui nous entoure et nous habite.

D'une durée d'environ une heure, le spectacle déploie une série de poèmes et d'actions sur scène, mis en abîme à l'intérieur d'une projection vidéo combinant image de synthèse et captation filmique. Ces images et ces mots, qui tentent de réconcilier nos perceptions sensorielles à l'émergence privée des choses, constituent bout à bout une tentative, nourrie d'humour et d'amour, de se glisser à l'intérieur du végétal, du minéral, de l'évanescent, de l'invisible. En somme, d'explorer littéralement la différence. Comme Virgile avant moi, je propose un geste ouvert et simple : essayer de comprendre comment on pourrait se sentir si on était autre chose que ce que l'on est déjà.

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The Cloud of Unknowing is a cinematic dance-and-voice show about poetic encounters with non-human things. Footage, animation, gesture and word all combine into an hour-long, open-ended collective exercize, to reconcile our sensuous perceptions with the naked being of things. A multidimensional voyage into the secret inner lives of waters, plants, animals and thunderstorms, to name a few, it is a journey across matter into how it might feel to be something else than what we actually are. With humor and a positive regard to the other, it explores how we can, through observation, speculation and imagination, shapeshift ourselves into alternate ways of being, and teleport to some of the parallel worlds that exist alongside our own. The Cloud of Unknowing is chiefly concerned with looking, at the many prismatic veils that separate and obfuscate surrounding bodies, and embracing, the unknown that lies beyond, the impenetrable nature of everything.

This is an account of my journey, of the adventures I had and the encounters I made. In this story I play many roles, some of which I have donned before, others that appeared out of the serendipity of finding myself some-where. I claim nothing, I only observe how things unfold on their own after a little push. Part of this has happened, part of this might have, and a lot of this never was, but anyway that line is an invisible one. Like always, the result is unknown and that is exciting. I'm interested in exploring what is here now, how to use naturally-occuring phenomena and life-induced experiences as a premise to build fiction that inserts itself invisibly in what is believable. I act as a Virgile of sorts, and bring the spectator into interstitial spaces where everything is possible, real, and important.

*The Cloud of Unknowing (en français, Le Nuage d'Inconnaissance) est un texte de mystique médiévale écrit par un moine anonyme à la fin du XIVe siècle.

« Dans la mesure où vous le voulez et le désirez, vous en avez autant, ni plus ni moins. Et pourtant, ce n'est pas une question de volonté, ni une question de désir, mais quelque chose, vous ne savez jamais quoi, qui vous incite à désirer et à vouloir quelque chose que vous ne connaîtrez jamais.

Le moyen le plus bref pour moi de le dire est ceci : laissez cette chose faire avec vous ce qu'elle veut et laissez-la vous conduire où elle veut. Qu'elle soit l'actif, et vous le passif. Ne faites rien d'autre que de l'observer et de la laisser tranquille.
Sois l'arbre et qu'elle soit le gardien. Sois la maison et qu'elle soit l'écuyer qui habite à l'intérieur. Sois aveugle en ce moment et coupe tout désir de connaissance, car cela t'empêchera beaucoup plus que cela ne t'aidera. Il suffit que tu te sentes si fort ému par une chose dont tu ne sais rien du tout. »

XXXIV (traduction BDP)